Hadia OTERO 
Thérapeute
Analyse-Psycho-Organique
Tél. 06 85 73 44 30 

Extraits de mon mémoire sur le parcours d'un travail thérapeutique

Un témoignage sur la dissociation :

Témoignage :

À la première échographie vers trois mois, tout était parfait. Puis, à cinq mois et demi la gynéco m’a prescrit une amniocentèse puisque j’avais 40 ans. J’y suis allée confiante, j’avais déjà eu deux enfants et aucun souci pendant mes grossesses.  
 

Lors de ce 1er l’examen, ils ont constaté qu’il n’y avait pas passé de liquide amniotique et que le foetus était petit ils (médecin) ont pensé que le médecin avait dû se tromper sur la date de conception et j’y suis retournée un mois plus tard. 
 

À ce moment ils m’ont expliqué qu’il y avait un problème que ce n’était pas normal d’avoir si peu de liquide amniotique à ce stade de la grossesse et que je devais me préparer à une interruption de grossesse médicalisée. 
  
Je suis rentrée à la maison anéantie, je me suis allongée sur le canapé dans un état semi-conscient. À ce moment j’ai senti mon bébé se retourner dans mon ventre et je savais qu’elle venait de mourir (je ne peux pas expliquer ce sentiment, je le savais). J’étais seule dans l’appartement, j’étais dans une grande détresse et je suis partie dans une grande crise d’hystérie, j’ai appelé l’hôpital avec lequel je devais prendre contact afin de fixer un rendez-vous pour l’accouchement. 
  
Je leur expliquais entre mes sanglots mes cris que mon enfant était mort. Et malgré mon désespoir, ils n’ont pu m’hospitaliser que quatre jours plus tard. Ces jours, je les ai vécus en sentant mon corps comme un cercueil. 

Je n’ai aucun souvenir de ces quatre jours à part cette obsession d’être un cercueil. Mon entrée à l’hôpital, je ne sais pas, je me vois dans la chambre avec l’infirmière qui me donne des médicaments afin de préparer la dilatation de mon col de l’utérus après, je me souviens pas. Je me rappelle que le matin vers
6 h, ils sont venus me chercher pour m’emmener dans la salle d’accouchement. Ils m’ont mis la perfusion avec le liquide qui déclenche les contractions.  
  
Ils n’ont pas pu me faire une péridurale, car mon sang s’était infecté, j’ai failli mourir parce que l’infirmière avait mélangé deux produits incompatibles. La dilatation ne se faisait pas, Je n’arrivais pas à m’ouvrir.
  
Dans les salles voisines, J’entendais les cris des femmes qui accouchaient, les cris des bébés. Inconsciemment je ne voulais pas que mon bébé sorte, je ne voulais pas qu’elle parte, je voulais la garder en moi avec moi, je ne pouvais pas lui dire Adieu. J’ai pu comprendre ce qui s’est passé et j’ai pu le verbaliser, dans mon nouveau groupe de thérapie. 

Ils m’ont injecté des doses plus fortes et j’ai fini par accoucher. Quand mon bébé est sorti, ils ont voulu s’en aller avec elle, j’ai demandé à la prendre dans mes bras, il était important pour moi de la voir, de là regarder, de voir son visage, son petit corps, pour les garder dans ma mémoire quand je penserais à elle. Il était important aussi que je lui dise « je t’aime » lui dire « je t’ai désirée de tout mon coeur et de tout mon corps». 
  
Après lui avoir dit adieu, je ne sais pas. je me revois dans la chambre qui m’avait été attribuée la veille. Je me rappelle juste qu’une infirmière qui est rentrée dans la chambre pour me donner un médicament, je la regarde et lui dis, « c’est pourquoi je ne comprends pas et elle me dit c’est pour la montée de lait» J’ai compris à ce moment-là : je n’avais pas rêvé, j’avais perdu mon bébé. 
  
Je n’ai aucun souvenir de mon retour à la maison, aucun souvenir des jours suivants. Je me suis refermée, je ne voyais plus là surface, je n’arrivais plus à remonter, et je ne le voulais pas. Je n’arrivais plus à parler, à vivre. Je ne pouvais plus communiquer ni avec mes enfants, ni avec mon mari, ni avec le monde extérieur. 
  
Un mois après mon accouchement, j’avais un rendez-vous à l’hôpital où j’avais accouché pour le suivi médical et pour l’autopsie, c’est là que j’ai appris que c’était une fille. 

J’ai appris qu’elle n’était pas viable dès le départ que j’aurais dû faire une fausse couche dès les premières semaines. Ils ne comprenaient pas les clichés de la première échographie ou les enregistrements des battements de coeur qui était normaux. Il ne comprenait pas que ma fille ait pu grandir se développer et se former alors que cela aurait dû être impossible. 
  
Le diagnostic était : j’aurais dû avoir des jumeaux, mais les embryons ne se sont pas dissociés, ils ont grandi dans le même oeuf d’où un nombre important de chromosomes. 
  
J’ai fait une dépression pendant ces deux ans où je n’arrivais pas à refaire surface, une partie de moi était morte avec elle. Quand. J’ai émergé des ténèbres j’avais pris 30 kilos je ne me reconnaissais plus, Je n’arrivais plus à me regarder. J’avais un dégoût de mon corps. 
  
J’ai repris un groupe de thérapie . Je ne me souviens plus comment j’en suis venue à parler de ma fille, la psychothérapeute m’a proposé de faire un psychodrame, comment je ne sais plus. 
  
Je me vois juste assise dans un fauteuil avec mon bébé dans les bras (un coussin) et j’ai pu redire à ma fille que je l’aimais qu’elle me manquait. J’ai pu enfin laisser sortir tout mon désespoir de l’avoir perdue. De lui expliquer qu’il était temps que je la laisse partir, et que je devais continuer mon chemin. 
   
Par mon travail personnel en thérapie j'ai pu me recontruire et avancer en gardant dans mon coeur l'amour pour ma fille. 
   
Mais il fallait d'abord sortir tout mon chagrin, mon désespoir, ma souffrance, pour pouvoir recevoir et accepter de continuer mon chemin et vivre pour moi, et être là pour mes enfants.   

Avec son accord voici le témoignage d’une de mes patientes faisant un travail thérapeutique avec moi 

 C.O.V.